Top 90's - Tous styles confondus!

Les années 90 ont vu grandir la plupart d’entre nous et marquent un indéniable tournant dans l’histoire de la musique. Plus proche de l’innovation 60’s que des paillettes des années 70 ou du triste sort des années 80, on est ici dans une décennie pionnière qui a forgé pas mal de groupes officiant à l’heure d’aujourd’hui.Pierre de Hiss & Pop revient sur les 25 albums qu’on a tous (ou presque) épuisé sur nos platines laser, à l’époque où on achetait encore des compact discs. Tous styles, confondus, évidemment.

25) Mazzy Star – So Tonight I Might See (1993)

Comment aussi bien commencer ce classement autrement qu’avec la douce voix d’Hope Sandoval. Mazzy Star fait partie de ces groupes 90’s qui ont construit la dream-pop d’aujourd’hui, sur fond de psychédélisme romantique. Comme un bad trip sous acide où on se laisse emporter dans un duvet de chaleur, à l’instar de cette fameuse scène de ‘Trainspotting’ où Renton se laisse fondre dans une nuée de tapis persans.Deuxième album du groupe, qui n’en comptera guère plus que quatre jusqu’en 2013, on en retiendra surtout le titre phare ‘Fade into You’ ainsi que la sublime reprise du ‘Five String Serenade’ de Love.

24) Eminem – Slim Shady LP (1999)

A l’époque où le rap était moins populaire qu’aujourd’hui et, surtout, moins diversifié, Marshall Mathers (M&M à Eminem, tu le savais ?) a amené un groove sarcastique aux punchlines acérées dans un monde où l’avant des voitures balançait de haut en bas pendant que des femmes en mini-short les lavaient allègrement. Le rappeur blanc le plus célèbre des 90’s a su convaincre dès les premières notes de ‘My Name is’ et a très vite accroché sa casquette au panthéon des plus grands nihilistes de l’histoire de la musique.

23) Songs : Ohia – Songs : Ohia (1997)

Album phare du groupe de Jason Molina, ses sonorités folk seventies sont à marquer au fer rouge, aux côtés de Ryan Adams ou d’Elliott Smith. Plus lo-fi que son ‘Magnolia Electric Co.’ qui sortira en 2003, on retrouve ici un Molina qui s’apparente à un Neil Young sous Prozac mais dont les compositions et mélodies permettent à cet album de s’inscrire parmi les meilleurs du style de la décennie.Fait original, les titres des chansons figurant au verso de la pochette n’ont rien à voir avec les titres réels. (C’est de l’aaaart !).

22) My Bloody Valentine – Loveless (1991)

C’est dans un foutoir de guitares ultra saturées que My Bloody Valentine sort un album noté comme la référence du shoegazing (appelé comme tel à l’époque car les musiciens regardaient leurs chaussures de manière nonchalante durant tout le concert). Enregistré dans 19 studios avec une flopée d’ingés son différents, ses mélopées hypnotiques et ses trémolos se répètent tels des mantras psychédéliques. Un mur de son, de ceux sur lesquels tu te cognes en ressortant avec un gros cochon indélébile sur le front.

21) Tool – Aenima (1996)

Dans un monde où il n’y aurait que des métalleux, Tool seraient les profs de math, les architectes et le cercle des élites de la société. Un univers maîtrisé tant sur le plan musical qu’esthétique, des albums qui sortent au même rythme qu’on change de Pape, le tout leadé par un énigmatique personnage qui se contorsionne au fond de la scène en poussant de la voix.Un groupe à part, un album fascinant, à découvrir ou à redécouvrir sans relâche, qu’on aime le style ou non.

20) 16 Horsepower – Low Estate (1997)

Denver, capitale du son gothico-cowboy-alternatif. Le mystique David Eugene Edwards et sa bande font vibrer les plus grandes scènes du monde à coup d’accordéon, de mandoline et de dulcimer en mélangeant les genres. 16 Horsepower remet de l’ordre dans l’image ringarde de la country américaine, loin des franges et des bottes blanches trouvées dans les bowlings de bords de route. Un album qui sonne comme un pistolet encore fumant, où tu tapes ta botte sous le regard intense et majestueux de son leader spirituel.

19) Sigur Ros – Ágætis Byrjun (1999)

Il est vrai, j’aurais pu inclure Bjork pour la représentation des contrées Nordiques dans ce classement. Et pourtant … Sigur Ros, rois de la landscape music ont poussé les expérimentations un brin plus loin que la petite qui crie. Reconnus pour leurs concerts transcendants et la voix cristalline de Jonsi, le groupe ne laisse jamais de marbre. Ce troisième album a popularisé le style et a permis au groupe d’obtenir une reconnaissance internationale.La perle ‘Staralfur’ s’écoute sur les longues routes peintes de nature tandis qu’’Olsen Olsen’ (non on ne fait pas référence aux jumelles, ici) fait la part-belle au Vonlenska, langue imaginaire créée par le groupe et fort exploitée sur l’album précédent, ‘Von’.

18) Johnny Cash – American Recordings (1994)

81ème album du chanteur (alors plus que son âge à l’époque !), il marque le retour de Cash sur le devant de la scène. Comme un bon whisky maturé, on déguste cet album, essentiellement composé de reprises, avec une oreille de tendresse pour le crooner qui quittera le monde 9 ans plus tard. Dès les premières notes, on comprend qu’on a alors affaire à l’une des plus grandes légendes du monde de la musique qui est loin d’avoir dit son dernier mot : l’album sera suivi de cinq autres AR, dont certains sortiront de manière posthume.Mention spéciale au ‘Down There by the Train’, reprise de Tom Waits, ou comment réunir sur les mêmes notes deux piliers de la voix éraillée.

17) Elliott Smith – Either/Or (1997)

Troisième album du folkeux le plus torturé de l’histoire. D’une fragilité étonnante, il ira jusqu’à enchanter le réalisateur Gus Van Sant qui extraira trois morceaux de l’album pour la BO du merveilleux ‘Good Will Hunting’, révélant Smith au monde entier.La dépression et ses addictions l’envahissant, Elliott Smith reflètera toute sa mélancolie dans ses textes jusqu’à son suicide en 2003, où il se plantera un couteau dans la poitrine sous les yeux de sa compagne.Adopté au rang des meilleurs songwriters, le fils spirituel de Nick Drake ne cesse d’enchanter ceux qui le découvrent sur le tard. Vous en doutez ? Allez écouter ‘Between the Bars’ (repris jusqu’à plus soif par une pléthore de jeunes chanteuses) ou sa merveilleuse cover du ‘Because’ des Beatles figurant sur la BO d’’American Beauty’.

16) Sonic Youth – Dirty (1992)

Produit par le wingman de Nirvana, aka Butch Vig, Sonic Youth laisse ici une empreinte indélébile dans le grunge nineties, après le succès de ‘Goo’ (1990) et du sublime ‘Daydream Nation’ (1988). Peu accessible dès la première écoute, il fait quand même partie des albums ovnis qu’il faut ingérer et digérer avec patience.S’ouvrant sur le nonchalant ‘100%’ de Thurston Moore et se refermant sur le doux ‘Crème Brulée’ de son épouse Kim Gordon, Sonic Youth fait passer Nirvana et Pearl Jam pour des coureurs de billboards en chaussettes propres.

15) Beck – Odelay (1996)

Vendu à plus de 2 millions de copies aux Etats-Unis, ‘Odelay’ est l’album que pourrait sortir ton livreur de pizza avec sa moue fatiguée. Mélange de funk, de blues, de jazz avec quelques guitares crasseuses, Beck livre ici un chef d’œuvre qui lui permettra de s’assurer une longévité inévitable dans le monde de la musique.Foutoir intersidéral d’instruments de toutes sortes, mélodies entêtantes sur lesquelles il va s’essayer tant au flow rapide qu’à la lente débâcle.Encore à l’heure d’aujourd’hui, Beck continue de nous émerveiller en sortant tous les 2-3 ans des pépites musicales à côté desquelles il t’est interdit de passer.

14) Beastie Boys – Ill Communication (1994)

A l’époque où Clawfinger et Downset officient aux côtés de Rage Against the Machine pour annoncer les prémices du mélange rap et métal, les Beastie Boys mènent tranquillement leur bout de chemin cosmique en faisant flirter leur rap à nombre d’autres styles musicaux. Le quatrième album offre une série de prestations presque inintelligibles tant le discours est rapide et saccadé, saupoudré d’échos si reconnaissables. Le groupe, par excellence, qui est capable de détruire tes cervicales si tu pousses un brin le volume. SABOTAGE !

13) Portishead – Dummy (1994)

“Hanging on in quiet desperation is the English way” chantait Pink Floyd sur ‘Dark Side of the Moon’, reflet de l’album le plus dépressif des années 90, mais d’une beauté absolue. Ultime down-tempo guidé par le charisme de la mystérieuse Beth Gibbons, on se laisse emporter dans un monde de noire sexytude. ‘Roads’ et ses violons est certainement l’un des plus beaux et des plus tristes morceaux de l’histoire de la musique, tout comme ‘Wandering Star’ qui annonce l’ambiance sensuelle du trip-hop dont Massive Attack prendra la relève quelques temps plus tard.Un premier album que tout discophile se DOIT d’avoir dans sa collection.

12) REM – Out of Time (1991)

Si, en 1991, Nirvana poussait les jeunes à se balancer des tables en soirée, les gentils vegan activistes de REM repoussaient les limites du pop/rock en livrant un album hors du temps (got it ?). Du coloré ‘Shiny Happy People’ (Benetton Power) au tubesque ‘Losing my Religion’ en passant par le magnifique ‘Half the World Away’, l’album, sophistiqué au possible, reste un monument de l’époque. ‘Automatic for the People’, leur album paru l’année suivante est arrivé ex-aequo dans ce classement. REM, ça se savoure avec un bon verre de vin à la main et un chapeau sur la tête, de ceux que Stipe portait avec fierté à l’époque.

11) Massive Attack – Mezzanine (1998)

Certainement l’album le plus sex-y-uel de tous les temps. De la célèbre prestation de Liz Fraser sur ‘Teardrop’ à la longue montée orgasmique de ‘Group Four’, l’album est certainement à l’origine de bon nombre d’enfants nés après 1998 (ou en tous cas de pléthore de cris de plaisir). Chef d’œuvre intemporel, le groupe de Bristol offre au trip-hop nineties un indétrônable joyau que les jeunes Padawans actuels (James Blake, FKA Twigs, Burial) citent allègrement comme influence principale. De Hope Sandoval (Mazzy Star) à Guy Garvey (Elbow), en passant par Ghostpoet et Damon Albarn, nombreux ont été les chanceux à s’octroyer un coup de micro aux côtés de l’un des plus grands groupes du monde.

10) PJ Harvey – Is this Desire? (1998)

Quatrième album de la VRAIE reine d’Angleterre. Muse de Nick Cave et figure emblématique aux sourcils proéminents, Polly Jean fait partie de ces femmes du rock n’ roll 90’s, aux côtés de Tori Amos ou Shirley Manson, dont la classe indéniable n’a jamais été remise en doute. Emmené par un single imparable (‘A Perfect Day, Elise’), l’album est un honneur à la femme (‘Leah’, ‘Elise’, ‘Joy’ ‘Dawn’…), à sa beauté et sa grandeur. PJ Harvey ne fait jamais deux fois le même album et, celui-ci, est à marquer d’un grand coup de cœur.

9) Metallica – Metallica (1991)

‘Youno itsééééde beutt troooo’ chantait-on lorsqu’une esquisse de moustache tentait de faire une apparition sous notre nez. L’album ‘pop’ du groupe phare de trashmetal connecte les différents publics et emmène le groupe vers de nouvelles oreilles. Non Metallica ne devient pas mellow, mais Metallica fait du mellow avec une puissance nouvelle. Plus lourds, plus lents, plus mélodieux, les morceaux sont un fameux pied de nez à la sobriété (facile ?) de la pochette de l’album. Un camino gratuit à celui qui se fait tatouer ce vieux serpent sur le bras.

8) Red Hot Chili Peppers – Californication (1999)

“Bof, les Red Hot, ils n’ont plus rien fait de bien après ‘Blood Sugar Sex Magic’”. Oui, mais non. Si l’album est, effectivement, moins funky que ses prédécesseurs, il contient des hymnes définitivement associés aux années 90. Encore ce matin, j’entendais ‘Road Trippin’’ dans ma voiture et je me disais ‘Putain, c’était quand même bien les Red Hot à l’époque’. Vieille nostalgie ou réel tour de force de bons musiciens avant un essoufflement généralisé, l’album mérite quand même une bonne place dans ce classement. RIP la vieille Strat’ griffée de Frusciante, on t’écoutera à tout jamais.

7) Nick Cave & the Bad Seeds – Murder Ballads (1994)

‘Murder Ballads’, ce sont 10 courtes histoires morbides racontées par le plus talentueux des poètes de la fin du XXème siècle : Nick Cave. Entouré d’invités de marque (Shane McGowan, PJ Harvey, Kylie Minogue…), il nous emmène sur différentes scènes de crime, toujours racontées avec une poésie franche et baroque, sur un tapis de musique orchestrée par les Bad Seeds, fidèles acolytes indécrottables du ténébreux maître de cérémonie.C’est aussi l’album qui emmènera Nick Cave au top des charts, notamment grâce au duo avec Kylie Minoque sur ‘Where the Wild Roses Grow’. On retiendra surtout aussi le majestueux final sur le ‘Death is not the End’, reprise de Dylan, seul morceau de l’album où aucune mort n’est réellement prononcée.Un album mortuaire qui a pourtant trouvé l’ineffable pilule de longévité.

6) Radiohead – OK Computer (1997)

Dans leur carrière, peu de groupes ont l’occasion de faire de si beaux revirements de style. ‘OK Computer’ est le parfait album charnière pour refermer les années 90 et leur rock si reconnaissable pour offrir aux années 2000 une autoroute de possibilités musicales, où le flirt avec l’électronique et les expérimentations sont omniprésentes. ‘OK Computer’ est aux années 90 ce que ‘Dark Side of the Moon’ a été aux années 60.

5) OASIS – What’s the Story (Morning Glory) (1995)

Au final, on ne sait plus très bien si l’hymne national anglais est toujours ‘God Save the Queen’ ou si ‘Don’t Look Back in Anger’ l’a remplacé. Aussi bien qu’un épisode des Kardashian’s, la fratrie Gallagher a fait beaucoup d’émois jusqu’à leur dissolution en 2009. Oasis, c’est le contrepied à la vie grise et ennuyeuse mancunienne. A l’époque où s’éteignent les Stone Roses, le groupe prend la relève et assure leurs statuts de rock stars indétrônables en écumant les stades à travers le monde.L’Album avec un grand A qui représente avec brio le rock anglais 90’s dans toute sa grâce et ses déboires. Et dire que Liam a manqué de quitter le groupe quelques temps avant son enregistrement… Comment ça il aurait dû ??? Le tambourin, c’est la vie.

4) Pearl Jam – Ten (1991)

Ten’ pourrait facilement être le best-of de Pearl Jam tant tous les morceaux qui le composent sont des tubes. ‘’Pearl Jam n’est pas un groupe dangereux pour nous’’, disait Kurt Cobain, et pourtant Eddie Vedder et sa bande (ou tout seul d’ailleurs) suscitent encore beaucoup d’émoi aujourd’hui. Produit pour la modique somme de 25.000$ (oui, dans le milieu, c’est peu !) et remixé trois fois avant sa sortie, l’album n’aura qu’un très faible retentissement à sa sortie. Il faudra attendre 1992 et leur série de concerts historiques au Loolapalooza pour qu’il connaisse une vraie renommée et atteigne la deuxième place des charts américains.

3) Jeff Buckley – Grace (1994)

Tragiquement noyé dans le Mississippi à l’aube de ses 30 ans alors qu’il enregistrait – enfin – son deuxième album, l’ange Buckley, fils prodige de son père, a marqué le spleen de nombreux adolescents. Un album miroir du perfectionnisme de son auteur, jouant sur le terrain de l’hypersensibilité (‘Lilac Wine’), du psychédélisme (‘Dream Brother’) et de la mélodie intemporelle (‘Last Goodbye’).Notons aussi qu’il est certainement l’auteur du meilleur ‘‘la-reprise-est-plus-belle-que-l’originale’’ de l’histoire en réadaptant l’ « Hallelujah » de Léonard Cohen, version John Cale. ‘‘Ah oui, la musique de Shrek !’’. Pfff, non.

2) Nirvana – Nevermind (1991)

On sort des années 80, la permanente et le slim en cuir commencent à s’essouffler. Un jeune gamin d’Aberdeen quitte sa batterie pour se mettre à la guitare et sortira en 1991 l’Album qui va marquer à tout jamais l’histoire de la musique. Si la pléthore de groupes de l’époque pouvait être représentée par un champ de blé, Kurt Cobain et Nirvana seraient la faucille qui vient arracher ce qu’il subsiste pour mettre tout le monde d’accord. Dès la première diffusion de ‘Smells Like Teen Spirit’ sur MTV, toute une génération de porteurs de Converse trouées a trouvé sa nouvelle idole.Avec ses 30 millions d’albums vendus et ses nombreuses imitations ratées, la mauvaise graine du ‘Club des 27’ doit bien s’éclater là-haut (ou sur l’Ile, va savoir).

1) Smashing Pumpkins – Mellon Collie & the Infinite Sadness

Roulements de tambour (de Jimmy Chamberlain), on arrive au #1 ! Pour l’occasion, Billy Corgan se rase le crâne (pour ne plus s’arracher les cheveux à ne plus faire un si bon album par la suite peut-être ?) et sort le t-shirt non-moins célèbre à l’effigie de ZERO. Certainement l’album le plus généreux de la décennie : 28 morceaux d’anthologie dont les plus grands tubes du groupe. Musique d’une génération déprimée et mélancolique, avènement post-grunge et hymnes rock n’ roll en puissance, Mellon Collie est le monument auditif, visuel et graphique des années 90. Que l’on soit d’accord ou non, ‘‘malgré toute ta rage, tu n’es toujours qu’un (vieux) rat dans sa cage’’.

Pierre Mulder, Mai 2018

Hiss & Pop

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